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La Tunisie déclare l’état d’urgence

Le président tunisien Beiji Caïd Essebsi a décrété samedi 4 juillet l’état d’urgence huit jours après l’attaque djihadiste contre la station balnéaire d’El-Kantaoui près de Sousse, sur le littoral de l’Est tunisien, qui a coûté la vie à 38 touristes étrangers, principalement britanniques. M. Essebsi a justifié sa décision dans un discours solennel à la nation, retransmis en direct à la télévision nationale, en invoquant l’existence «d’un danger imminent» pesant sur la sécurité du pays. Cette menace, a-t-il précisé, «nécessite le déploiement de toutes les unités sécuritaires de la police, de la garde nationale et de l’armée».

Dans les jours qui avaient suivi l’attaque de Sousse, le président avait exprimé ses réticences à recourir à pareil régime d’exception mais il semble s’y être résolu après avoir pris connaissance de menaces persistantes. «Cette décision fait suite à une évaluation de la situation sécuritaire selon laquelle de nouveaux attentats demeurent possibles», commente Hedi Yahmed, analyste de la mouvance djihadiste tunisienne. «Nos informations ainsi que celles fournies par des pays amis montrent que la fréquence des menaces a augmenté», confirme au Monde Kamel Jendoubi, le ministre chargé des relations avec les instances constitutionnelles et la société civile.

«Utiliser l’armée comme force d’appoint aux forces de la police»

En vertu d’un décret datant de 1978, l’état d’urgence renforce les pouvoirs des gouverneurs — dépendant du ministère de l’intérieur — en matière d’ordre public. Il est valable pour une durée d’un mois, renouvelable. «La proclamation de l’état d’urgence nous permet principalement d’utiliser l’armée comme force d’appoint aux forces de la police», précise Kamel Jendoubi. La Tunisie avait déjà vécu sous ce régime de l’état d’urgence du 14 janvier 2011 (soit le jour même du départ forcé de l’ex-dictateur Zine El-Abidine Ben Ali) au 6 mars 2014. Cette période correspond aux turbulences d’une transition postrévolutionnaire qui a finalement débouché sur l’adoption d’une Constitution en janvier 2014.

Depuis le printemps 2015, la Tunisie est confrontée à une menace djiahdiste jusque-là inconnue dans son ampleur. Alors qu’elle était jusque-là confinée dans les maquis des monts Chaambi et Semmama près de la frontière algérienne, elle a pris la forme ces dernières semaines d’un terrorisme urbain visant précisément des touristes étrangers avec l’objectif affiché de déstabiliser l’économie du pays. Au lendemain de l’attaque du 18 mars contre le musée du Bardo à Tunis (22 morts dont 21 étrangers), le gouvernement tunisien pensait avoir démantelé le réseau responsable de la plus grande opération terroriste jamais réalisée dans la capitale. Or l’enquête n’est guère allée très loin. Admettant les insuffisances de l’appareil sécuritaire tunisien, le président Essebsi a déclaré samedi : «Nous avons cru que l’attaque de Bardo était la dernière mais malheureusement il y a eu l’attaque de Sousse». Les deux attaques ont été revendiquées par l’Etat islamique (EI).

Une étape nouvelle pour la Tunisie

Selon Amna Guellali, la directrice du bureau de Human Rights Watch (HRW) pour la Tunisie, cette proclamation de l’ état d’urgence marque une étape nouvelle pour la Tunisie. «Entre 2011 et 2014, l’état d’urgence avait été appliqué avec un certain relâchement, explique-t-elle. Mais ce sera autre chose cette fois-ci. Car il y a d’une part l’aggravation de la menace terroriste, en ville en particulier. Et d’autre part, l’opinion publique pousse dans le sens du resserrement de la vis sécuritaire». Mme Guellali anticipe une application «plus draconienne» des dispositions autorisées par l’état d’urgence, notamment celles accordant des «pouvoirs exorbitants et exceptionnels» aux gouverneurs en matière de contrôle de la presse, de manifestations, d’associations, de liberté de mouvements etc…

Au lendemain de l’attaque de Sousse, le premier ministre tunisien Habib Essid avait annoncé un train de mesures sécuritaires parmi lesquelles la fermeture de 80 mosquées échappant au contrôle de l’Etat. La police a commencé ces derniers jours à fermer certaines de ces mosquées rattachées à la mouvance salafiste ou à destituer leurs imams. Ces décisions ont suscité des réactions hostiles parmi les fidèles, notamment à Sousse et Sidi-Bouzid. Ce début d’agitation a, selon l’analyste Hedi Yahmed, pesé dans la décision du président Essebsi de recourir à l’état d’urgence.

L’enquête policière sur l’attaque de Sousse a conduit à l’arrestation de huit personnes, dont une femme. Cette équipe est liée à celle qui a perpétré l’assaut du musée du Bardo le 18 mars. Le groupe s’est formé dans un camp de djihadistes tunisiens dans la localité libyenne de Sabratha, à une centaine de kilomètres de la frontière tunisienne. Deux personnes sont toujours recherchées. Elles seraient parvenues à regagner la Libye, selon le ministère tunisien de l’intérieur.

Plusieurs responsables tunisiens, dont le gouverneur de Sousse, ont par ailleurs été limogés après l’attentat du 26 juin, a indiqué samedi un conseiller du premier ministre. Tout «comme il y a eu des défaillances sécuritaires, il y a eu des défaillances politiques», a déclaré Dhafer Néji, conseiller en communication auprès du chef du gouvernement.

Source: Le Monde

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